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Portrait de longeur: Charles Delaunay, de convalescent à compétiteur.

Utilisez le longe-côte afin de soigner ces blessures sans efforts traumatiques, c’est ce qu’a choisi Charles Delaunay résident de Carry-le-Rouet dans le Sud-Est de la France. Découvrez le portrait de ce longeur de 40 ans qui, en 3 ans, est passé de novice à compétiteur membre du collectif France.

Après une réorientation professionnelle il y a 5 ans, son métier d’ingénieur en construction écologique à son compte lui permet aujourd’hui d’avoir du temps pour pratiquer du sport, et de se mettre à l’eau toute l’année. Il pratique aussi régulièrement de la nage en eau libre et du yoga. Licencié au club Rando Passion Côte bleue, il longe aussi bien l’étang de Berre, qu’il affectionne particulièrement, ou sur la jolie plage du Verdon à Martigues

Comment t’es venu cet intérêt pour le longe-côte ?

J’ai été bluffé et surpris par l’engagement physique que ce sport demande.

Ma mère et ma tante sont les élèves de Benjamin Farcinade. Début 2019, à la suite d’une blessure importante, nous avons choisi ce sport avec mon épouse pour la convalescence, car il nous est apparu non traumatisant.

Je ne cache pas être allée à la première séance avec un tas d’aprioris, pas tous positifs. J’ai été bluffé et surpris par l’engagement physique que ce sport demande, la bonne humeur des longeurs, le partage après l’effort entre les pratiquants, et le dynamisme que l’on ressent après une séance, notamment l’hiver.

Tu es passé de novice à membre du collectif, parles nous de cette évolution ?

Fort des liens d’amitiés liés dans notre club de longe-côte, nous nous sommes fait embrigader pour participer à un « moment fort sympathique », le championnat régional PACA. Contre toute attente personnelle, nous avons été sélectionnés pour le championnat de France 2019. C’est alors que j’ai pris goût à l’esprit de compétition. Puis en obtenant la 5éme place du 100m, j’ai actualisé l’image de moi-même : de nature nonchalants et lente, je pouvais aussi être explosif et sprinter.

Cette expérience a été décisive, grâce aux compétences de mon épouse, je me suis engagé pleinement dans le longe-côte et la compétition. Ainsi en 2021, j’ai été champion de France au 100m avec le meilleur temps enregistré sur cette distance en compétitions nationales. Et cette année à Sangatte on m’a passé autour du cou 3 médailles d’or dans ma catégorie (200m, 50m pagaie simple, 50m pagaie double) dont un titre de vice-champion de France. Ces résultats m’ont permis de faire partie des 20 longeurs du premier collectif France.

Durant mon enfance, j’ai toujours pratiqué du sport, comme tout un chacun. Puis ma vie professionnelle très prenante ne m’a pas permis de continuer pendant 15 ans. Se remettre au sport à 35 ans, et à 40 ans obtenir des titres nationaux et intégrer une équipe nationale est fantastique et m’était totalement inimaginable.

Je dois cette évolution à deux causes. La première est une prise en compte globale de l’épreuve, c’est-à-dire considérer tous les facteurs de la performance :  l’équipement (léger, ergonomique, fluide), la technique de longe (inclinaison, position des bras, des mains, longueur des foulées, cadence, etc.), la stratégie de course (décomposer une course en phases), le programme d’entrainement et une diversité d’entrainement (dans l’eau, sur terre, assis et même couché), la nutrition (adaptée et enrichie en oligoéléments  à chaque étape), la visualisation mentale et aussi l’importance du repos.

Contrairement à mes pairs du collectif, comme Julie Niergot, Benjamin Farcinade ou Charline Jamois qui sont à la fois jeunes et professionnels du sport (ils pratiquent tous les jours); ceux-ci bénéficient d’un gros potentiel physique et sportif. Pour ma part, je compense mon âge et ma faible expérience par toute ce reste que je viens de citer. Avec l’augmentation progressive du niveau, nous verrons forcément cette approche se développer.

La deuxième raison est la plus important, je l’ai déjà évoqué, c’est mon épouse. Je lui dois mes victoires et ma place dans le collectif France. Ancienne danseuse professionnelle et chorégraphe, elle a une connaissance fine du corps et de la posture. Elle est mon coach, et aussi mon équipier pour les épreuves binômes. Elle corrige ma posture et mon mouvement. Et je suis ses entrainements adaptés spécifiques qui passent par du longe mais aussi des exercices de barres (danse), de yoga, de cardio, de gainage, et de respiration. Elle m’a appris à être à l’écoute de mes ressentis dans l’eau, de longer en conscience. Ainsi, j’ai pu rapidement progresser et ne pas me blesser.

Qu’est-ce que cela représente pour toi de faire partie du 1er collectif ?

Ainsi faire partie de l’équipe de France est une fierté personnelle. Jamais de ma vie, je n’aurai pu imaginer intégrer une équipe nationale dans un sport. C’est l’aboutissement d’un engagement récent mais fort et total dans le sport. Et comme je viens de le dire, c’est une réussite de couple. Ma femme est aussi ma plus grande supportrice.

C’est aussi un honneur parce que les membres du collectif m’ont choisi pour être porte-drapeau lors de la cérémonie d’ouverture du championnat d’Europe. C’est une grande fierté d’être la tête de proue du collectif, de représenter le longe côte et la France. Il est certain que nous aurons tous la chair de poule lors des hymnes.

Comment se sont déroulés les rassemblements ?

Nous rigolons bien, même si nous devons nous coucher comme des poules et nous lever aux aurores.

Les rassemblements du collectif sont des temps forts, à la fois sportivement, socialement et émotionnellement. C’est un moment où les meilleurs longeurs de la France se retrouvent. Nous avons des entrainements précis mais aussi des courses entre nous. Il faut à chaque fois donner le meilleur, dans une ambiance détendue et sympathique, cette dualité est parfois perturbante.

Lors des week-ends du collectif, on nous prépare des programmes d’entrainements personnels. Nous révisons les techniques. 

L’égo est mis de côté au profit du groupe. Chacun partage ses petits plus, ses astuces, ses techniques d’entrainement mais aussi à un regard bienveillant sur les autres. Par exemple, Flavien Maubert m’a apporté des conseils très utiles sur la tonicité musculaire à avoir pendant le trail longe-côte et il a su prendre 10min pour m’expliquer des exercices à faire régulièrement pour la renforcer. C’est à la fois sérieux et bon enfant. On est à la fois adversaire (à l’année, et dans le collectif pour une place au championnat d’Europe) et équipier. C’est assez atypique comme situation. Surtout nous rigolons bien, même si nous devons nous coucher comme les poules et nous lever aux aurores.

A titre individuel, comment t’es-tu préparé à l’évenement de ce week-end ?

Ainsi la préparation au premier championnat d’Europe de marche aquatique est restée pour moi une histoire d’équipe. Je suis sélectionné au trail longe-côte et au binôme 200m avec mon ami Romain Charrier. Après 2 semaines d’entrainement individuel, je suis allé m’entrainer avec Romain, mais aussi Benjamin et son club local. Le programme de ces semaines à mêler : vélo, gainage, corde à sauter, course à pied, yoga, exercice de respiration et longe-côte bien sûr. Et le plus dur sont les entrainements d’entrées et sorties d’eau en courant. Juste horrible !


Et ma moitié a une nouvelle vie professionnelle comme diététicienne et micro-nutritionniste. Autant vous dire que l’on mange équilibrer à la maison, néanmoins sans bannir le beurre, l’huile d’olives, ni les desserts. Avant les compétitions, je suis un protocole de nutrition adapté aux entrainements intensifs afin que mon corps ne manque d’aucun nutriment.

Je me sens physiquement et mentalement près pour ce championnat. Nous avons tous hâte de donner le meilleur.

Racontes nous une petite anecdote à partager.

Une anecdote sur ces visualisations. Lors d’une séance, je répétais la course seule dans ma chambre. Je « marquais » la course, cela veut dire faire les mouvements en petit tout en projetant mentalement la course. Ma femme m’a retrouvé au sol me tenant la cuisse, j’avais réussi à me faire un petit claquage d’un ischio-jambier.

Une autre anecdote est qu’un autre moteur de réussite est ma grand-mère. Avec mes frères et cousins, nous lui publions mensuellement une gazette illustrée afin qu’elle ait des nouvelles de ses petits-enfants et arrières petits-enfants. Je me suis fait un devoir qu’elle voit son ainé sur les podiums. J’espère qu’elle me verra la semaine prochaine avec la médaille d’or autour du cou.

Quel message souhaites-tu faire passer aux lecteurs ?

Le longe-côte m’a permis de découvrir une autre facette de moi-même : un esprit de combattant, la pugnacité. Mais aussi cette expérience a été introspective. Pour progresser, j’ai dû évoluer psychologiquement. En particulier, j’ai réalisé que j’avais le droit d’être le meilleur, et que je le méritais.

Lorsque je préparais le championnat de France 2021, je réalisais des visualisations de la course. Dans ces visualisations, je me voyais donner le meilleur pendant la course, mais cela s’arrêtait là. Je ne me voyais pas sur la première marche du podium. J’avais un blocage. Je ne me sentais pas méritant pour être le meilleur. Fort de cette prise de conscience, j’ai pu travailler les raisons de ce jugement sur moi-même et lever les verrous. Cela à fonctionner.

Cette progression personnelle m’a aussi apporté dans mon quotidien.

C’est un honneur d’avoir été interviewé par Elodéa et Julie, car je parcours votre site depuis mes débuts au longe-côte, je me souviens de l’article sur Yoann Coëdel, premier et très grand champion.

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